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le dôme du grand hôtel-dieu

LE GRAND HÔTEL DIEU DE LYON

Venu du fond du Moyen-âge, ce site emblématique de la médecine et de l’hospitalité, s’est transformé, tout en conservant avec bonheur les témoignages du passé, en une vitrine du commerce, de la gastronomie et de l’hôtellerie modernes.

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« Le Grand Hôtel Dieu » lyonnais offre aujourd’hui un heureux condensé d’histoire et de modernité.

Un hôpital séculaire

Le fondateur originel en serait le roi Childebert Ier, fils de Clovis, en 549. En ces temps reculés il s’agissait moins d’un hôpital au sens actuel que d’un hospice : un lieu d’accueil et si possible de soins pour les miséreux. L’établissement traverse les âges au prix de grands bouleversements. Destructions et reconstructions à côté ou au même endroit.

Des documents attestent de l’existence d’un nouvel hôpital en 1184, « l’Hôpital du Pont du Rhône », et d’un nouveau encore qui ouvre en 1493. L’écrivain et médecin Rabelais y exerce pendant un certain temps.

Qui s’agrandit et se modernise

Et puis à la Renaissance, un troisième hôpital est construit à partir de 1637. C’est celui qui fournit les vestiges les plus anciens, visibles et utilisés aujourd’hui. On y met en œuvre les dernières avancées de la médecine de l’époque en matière de contagion, en l’édifiant sur un plan en croix (« les quatre rangs ») dont la partie centrale est surmontée d’un dôme qui sert de cheminée d’aération en aspirant les miasmes des salles de malades pour les rejeter à l’extérieur. Cet emplacement central sert également de chapelle, ce qui permet à tous les malades de suivre la messe depuis leur lit. On soigne les corps et les âmes.

Les contagieux sont isolés, les hommes et les femmes séparés. Les malades peuvent être trois par lit. Comme le Rhône coule devant l’hôpital, la salle d’autopsies et la morgue occupent un baraquement installé sur une embarcation arrimée au quai. La réfrigération en est assurée par l’eau puisée dans le fleuve, dans lequel on rejette aussi les déchets. Un jour de grande crue l’embarcation a été emportée par les flots.

A l’opposé, du côté donnant sur la ville, un mur présente un dispositif permettant aux mères dans le dénuement d’abandonner anonymement leur bébé en le confiant aux soins des sœurs hospitalières de l’Hôtel Dieu. Il s’agit d’un « tour », plateforme tournante sur lequel le nouveau né est déposé. La sœur « tourière » en est avertie par le tintement d’une clochette ce qui lui permet de recueillir l’enfant en faisant pivoter le plateau.

Le flux de malades s’accroît et l’Hôtel Dieu doit s’agrandir. On est maintenant sous le règne de Louis XV. Les édiles lyonnais ont l’ambition d’intégrer les travaux d’agrandissement dans un vaste plan d’urbanisme. Un seul pont permet de franchir le Rhône, le pont de la Guillotière, qui débouche justement à côté de l’hôpital. On souhaite offrir une belle et majestueuse façade au regard du voyageur qui arrive de l’est par le pont. Il aura ainsi une image flatteuse de la ville dès l’entrée.

On s’adresse alors à un jeune architecte prometteur de 27 ans qui revient de Rome où il a achevé ses études : Germain Soufflot. Celui-ci trace les plans d’une aile nouvelle ornée d’une façade longue de 250 mètres et d’un grand dôme qui surmonte l’entrée et remplit les mêmes fonctions que l’ancien dôme. Soufflot ne pourra pas suivre longtemps l’exécution des travaux car il est appelé à Paris pour construire le Panthéon.

En accueillant de grands médecins et scientifiques

Au XIXème siècle le Grand Hôtel Dieu lyonnais jouit d’une excellente réputation. On y meurt beaucoup moins qu’à l’Hôtel Dieu de Paris ! Et les naissances y sont nombreuses, car il comporte désormais une maternité. Ainsi qu’un service d’aliénés. Jusqu’à une époque récente des sommités médicales viennent y exercer leur art, auxquelles des scientifiques apportent leur concours.

On y crée le premier service de radiologie en France. La chirurgie y est à l’honneur avec les docteurs Ollier, Poncet, Jaboulay. En 1917 Léon Bérard, pionnier dans l’utilisation du radium contre le cancer, y fonde le deuxième centre anticancéreux de France. Marcel Mérieux, élève de Pasteur, y met au point, installé dans les combles, ses premiers vaccins antitétaniques. C’est là que sont nés les laboratoires Mérieux. Les frères Lumière, ces touche-à-tout géniaux, collaborent avec l’établissement et mettent au point une prothèse mécanique de main pour les amputés de la Grande Guerre et inventent le tulle gras, pansement adapté aux brûlures.

La première française de l’anesthésie à l’éther a eu lieu en janvier 1847 à l’Hôtel-Dieu de Lyon effectuée par le Docteur Amédée BONNET sur un jeune homme de 16 ans qu’il opérait d’une tumeur.

Mathieu JABOULEY qui a exercé au Grand H-D à partir de 1892 était un précurseur en chirurgie générale, vasculaire et des viscères.

Joseph JENSOUL a réussi pour la première fois une ablation d’une tumeur de la mâchoire sur un adolescent en 1827. Il s’est interposé en faveur des canuts lors des émeutes de 1831. Flaubert l’a utilisé comme modèle pour l’un de ses personnages dans Mme BOVARY.

Antonin PONCET a développé les conditions d’hygiène en salle d’opération en imposant lors de son passage à l’HD l’antisepsie et l’asepsie. Sera créée ici la première salle d’opération aseptique de France.

Puis vient le temps où le grand hôpital doit quitter le centre ville. Depuis 13 ans, le Grand Hôtel Dieu a cessé son activité hospitalière.  Depuis 12 ans il est classé « monument historique ». Depuis 4 ans une nouvelle entité est née en son sein.

Et les toques blanches remplacent les blouses blanches.

Les travaux de reconversion du site ont concilié avec bonheur des innovations, comme la création d’une vaste verrière abritant un espace commercial et de restauration, et le respect des locaux historiques dans une utilisation à des fins modernes : boutiques de mode, cafés, brasseries, halles, spa, hôtel, ainsi qu’un Musée des illusions optiques, une partie de l’ancienne « apothicairerie » et la Cité Internationale de la Gastronomie, un espace muséal et évènementiel. Pour mémoire, la gastronomie française a été inscrite en 2010 par l’Unesco au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Visiter le Grand Hôtel Dieu lyonnais offre à la fois un voyage dans le passé, qui peut être audio guidé, et dans le présent de nos nourritures terrestres et culturelles.

Gérard MOTTU

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